dimanche 27 avril 2008

Le merisier, sur la route de Siaugues…














…qui me fit roi d'avril,
pour un instant passé
sous son dais de fleurs.

lundi 21 avril 2008


Ces images qu'on fait défiler par la vitre du train, un voyage de Paris à Langeac

samedi 19 avril 2008

Margeride

Par la vitre de la voiture, la Margeride, noyée de pluie. Cet espace existe, puisqu'on le parcourt… improbable territoire pourtant, grand navire échoué dans une anse du ciel, fait de milliards de brins d'herbe et de mousse, de millions de cailloux de granit remués un à un et dressés en mur pour séparer le tien du mien, distinguer chaque héritage, chaque parcelle, et puis centaines de croix taillées, amers du chemin et chemins qui vont à Compostelle. Milliers de mains qui remuèrent ces pierres, taillèrent ces croix et s'usèrent sur ce bout de terroir, à vouloir que cette terre et pas une autre leur donne ce que l'on nomme le pain quotidien, et ce n'était rien de plus, une survie dans la parenthèse qui t'envoie de la naissance à la mort, mais traçant le sillon maître bien comme le veut la pente, laissant pour mémoire ce pinceau de frênes bordant la pâture, cette rase où l'eau brille, faisant naître de leur peine dans "ces prés d'un drap égal sans fougère ni genêt"*, un peu de seigle, à peine d'orge, moins de froment. Et toutes ces nuits à recevoir les étoiles en pluie, les cieux immenses, le regard qui porte loin. Margeride on dit de toi que tu serais un désert, toi qui fut source d'hommes, toi dont les monuments portent tant de noms. Tous ceux-là qui furent, est-ce qu'ils crient encore dans ton ciel, des cris lumineux comme des champs d'étoiles ou bien des rumeurs dans le vent, masses de brumes accrochées à la dévalée des prés que le genêt envahit?

*Henri Pourrat

«Comme tout le monde, je me laisse aller à croire que ce pays a été vraiment lui-même dans le passé. Je dois m'avouer que c'est une illusion. En même temps que, de promenades en randonnées et de récits en rencontres, j'essayais de le trouver, d'en dresser la carte, j'avais toujours, même si je l'ignorais, déjà commencé à le perdre. Pourtant, lorsque j'y pense à présent, tout en me reprochant de tenir à un lieu, je finis par comprendre que se recueille encore là, peut-être cette bizarre qualité : le sentiment même de la perte, dans toute sa douloureuse intensité. Pays perdu, alors, parce qu'il demeure l'un des rares où l'on peut s'égarer, s'enfoncer dans des lieus sans direction et sans signification, des espaces de pure usure? Car ce n'est pas une mythique jeunesse que l'on cherche en lui, pas de fondations ni de rénovations. Pas la haute antiquité, non plus, la noble mémoire? Pas de grande histoire ici, de riche folklore, de gisement de contes. On sent partout la vieille lutte de l'homme contre la déperdition et la sauvagerie, si intime que les lutteurs sont devenus indistincts, doubles agrippés l'un à l'autre.»

Pierre Jourde, Pays perdu, L'esprit des péninsules, 2003

lundi 24 mars 2008

Poème de l'arbre, par Guillevic.(I)

Poème de l'arbre, par Guillevic. (II)

Printemps 2


«…les amandiers en fleur sont des astres de plein jour.»
François Graveline, l'Invention du Massif central ed. du Miroir, 1997

vendredi 14 mars 2008

Accumulation de preuves concernant l'arrivée du printemps

Toutes ces preuves ont été récoltées dans la forêt de Pourcheresse

samedi 23 février 2008

vallée de la Desges

Au soleil couchant, la vallée est orange et bleu, bleu sombre teinté de mauve en ses ombres… je repense alors à Vincent van Gogh, qui disait qu'avec ces seules deux couleurs, orange et bleu, on peut peindre le monde.

jeudi 21 février 2008

Un bonheur incommensurable…

Les yeux mis-clos dans le soleil… de longues minutes à regarder couler la Fioule… à quelques pas, le chien jappe après l'écume. C'est bien là que j'ai toujours voulu être, près des arbres, près de la rivière, près des champs, de l'herbe, de la terre, des feuilles mortes. «Une émotion comme l'amour» disait Courbet, – qui m'étreint au bruit du radier dans cette douceur de fin d'hiver-. Je n'ai jamais eu envie fort comme aujourd'hui de peindre les cent mille verts du paysage, depuis ceux teintés de rouge, et ceux teintés de brun jusqu'à ceux teintés de mauve et ce vert argent de la rivière. La lumière comme une langue lèche et pourlèche ces merveilles. Le chien va et vient, se roule sur le sol. je me lève et nous rentrons. Il y a à ce moment une telle empathie au monde, quelque chose en moi qui prie.

mercredi 20 février 2008

Assise devant l'église, à Chanteuges


Avec le grand cahier de Louis, je m'assois juste devant la porte de l'église, à califourchon sur le mur et je dessine, au crayon, pas trop vite, ce qui est devenu mon monde, depuis un peu plus d'un an que je vis ici, au "château", à l'abbaye, sur le rocher et que je vois, de là, le bourg, la voie ferrée, les calades, les jardins, les oiseaux (dont ces 2 hérons dont je sais qu'ils vivent dans ce coude de la Desges, un peu cachés par les saules).

lundi 11 février 2008

Arbres… de Chanteuges et d'ailleurs(2)


Le tourment de leurs écorces et ce geste orant de leurs branches lorsqu'ils soulèvent l'oiseau pour l'offrir à l’azur.
On les disait piliers du monde, axe cosmique et ancêtres des hommes, autour d'eux tournaient les météores, s'ordonnait un monde qu'ils avaient eux-mêmes contribué à faire naître. Moi je vois leurs racines plongeant comme des mains dans la mémoire de l'humus. Leur branches sont des fonctions fractales géométrisant le ciel. C'est le vent des mythes anciens qui fait encore frémir leurs feuilles.
Parmi tous ces mythes, le plus beau, le plus complet, est peut-être celui du grand frêne Yggdrasill qui par ses racines reliaient les trois mondes souterrains à celui des hommes et par son sommet rejoignait le ciel. «Il a trois racines qui le maintiennent droit, elles sont extraordinairement larges. L'une plonge dans Aesir, le monde inférieur des Ases, des dieux ; la seconde chez les “Thurses de givre", les géants de glace qui précédèrent l'espèce humaine; la troisième rejoint Nifheim ou Niflhel, le séjour des morts. Près de cette racine-là, jaillit la fontaine Hvergelmir, "source de tous les fleuves bruissants qui irriguent la terre". À côté de la seconde racine, coule la source de Mimir. À ceux qui y trempent les lèvres, elle donne science et sagesse, mais son accès est interdit par son possesseur, dont le nom veut dire Méditation, plein lui-même du profond savoir qu'il puise journellement dans ses eaux.
Sous la première racine existe une troisième fontaine, la plus sacrée de toutes, le puits sur lequel veille Urd, l’aînée des Nornes. Dépositaires des lois et coutumes archaïques, les Nornes seules sont capables de déterminer le sort, non seulement des hommes, mais des dieux eux-mêmes, qui ne sont pas éternels et ne peuvent échapper au sort commun. Tous les jours, les Nornes puisent l'eau de la fontaine d’Urd, avec le limon qui l'entoure, et en aspergent le frêne, afin que ses branches ne se dechèssent ni ne pourrissent.
La source d’Urd est donc une fontaine de Jouvence. Près d'elle, les dieux se rassemblent, afin de tenir conseil, de régler les conflits et de rendre la justice. Ce puits du Destin représente le monde des virtualités, des semences, des germes, un monde d’eaux et d'humus nocturnes, à partir desquels sont façonnés tous les êtres vivants.
Aussi puissant qu'il soit, l’Arbre cosmique n'en est pas moins sans cesse menacé. Le gigantesque serpent Nioggrh ronge sournoisement la troisième racine mais lui-même est attaqué tous les jours par l’aigle qui demeure sur les plus hautes branches…
…Quand viendra Ragnarök, le "crépuscule des dieux" célébré par Wagner, Yggdrasill, seul, aura tenu bon. Après la tempête, "la terre sortira de la mer et elle sera verte et belle". Enclos dans le bois même du frêne que les flammes de l'incendie universel n'ont pu consumer, auront miraculeusement survécu un homme et une femme, Lif et Lifthrasir, qui auront eu pour toute nourriture la rosée du matin. Prenant possession de la terre restaurée, ils seront les ancêtres de l'humanité nouvelle.»

C'est ainsi que Jacques Brosse (Mythologie des arbres, Plon,1989) décrit le mythe scandinave. Il rappelle quelques pages plus loin que rien n'est plus réaliste que cette rêverie devant l'arbre. La paléo-biologie nous enseigne que les premiers vivants furent les plantes. «Seule, la plante ne dépend que des éléments eux-mêmes, car seule elle est capable de les assimiler en les transformant. Si elle aspire dans le sol l'eau et les sels dissous qu'elle contient, elle se nourrit aussi directement de l'énergie solaire, grâce à l'assimilation chlorophyllienne, laquelle dégage de l'oxygène, celui que nous respirons… Alors, au terme de métamorphoses successives, commencée en milieu marin, s'éleva l’arbre, cime de l'évolution végétale. Organisme géant, prodigieux condensateur d'énergie et transformateur biochimique, l'arbre draine les eaux et distille le surplus dans l'atmosphère, sous forme de vapeurs qui condensées en nuages, retomberont en pluie bienfaisante. Ses feuilles mortes engendrent l'humus, la future terre cultivable.
De cet ample processus vital, l’Arbre
cosmique des légendes est le symbole.»
Pour l'homme, debout comme un arbre, il est même le symbole par excellence, «celui qui les intègrent tous» selon Robert Dumas, dans son Traité de l'arbre,essai d'une philosophie occidentale.

vendredi 8 février 2008

Bourbonnais… Parfois le ciel tombe sur la terre mais si vaste qu'on ne le voit plus, lui l'infini… le monde est plat, les maisons sont des châteaux, les rivières frémissent dans des creux, de simples dépressions du terrain que le taillis protège. C'est alors qu'au bord du champ, surgissent d'insolites créatures agrippées aux arbres morts.

Dans ce plat pays, j'ai retrouvé l'Allier, le bel Allier libre «silence qui écoute, lumière qui réflechit»*, chemin qui marche…

*
François Graveline Allier Simple,
Ed. Bleu autour

jeudi 7 février 2008

«J'entendais les voix des arbres; les surprises de leurs mouvements, leurs variétés de forme et jusqu'à la singularité d'attraction vers la lumière, m'avaient tout d'un coup révélé le langage des forêts.»
Théodore Rousseau (1812-1867), peintre de l'école de Barbizon

«La campagne me donne des émotions comme l'amour.»
Gustave Courbet

mercredi 6 février 2008

Arbres…


À Léotoing, ou sur la route de Chareil-Cintrat (03), deux arbres découpent le ciel en morceaux.

Arbre l'hiver

L'arbre, ici, maintenant, debout,
Rien que du bois,
Comme un oiseau figé debout
La tête en bas.

L'arbre vécu
Comme du bois
Et comme oiseau
Ne bougeant pas.

Guillevic ("
Sphère" - éditions Gallimard, 1963)

vendredi 11 janvier 2008

Ballade en noir & blanc (1) de Prades à Pont-Gibert


Le rocher de Prades, comme une énorme vague de pierre…


L’arche de lierre qui orne l'entrée du royaume…


Les si délicats motifs du givre.


Les vieux murs des chambées
les hommes d'un autre siècle les ont montés pierre à pierre, leurs sabots sonnant sur les cailloux. Les terrasses à vigne sont en friche à présent, la forêt les envahi. Je les vois parfois comme les vestiges d'une ancienne civilisation, de quelque Atlantide altiligérienne scellée dans son mystère. À moins qu'ils n'aient été les gradins d'un immense amphithéâtre sur lesquels, eux, les épierreurs, se pressaient en foule pour admirer tout en bas les joutes merveilleuses des fades et des licornes, comme sur cette carte de vœux que j'ai reçu —enfin je ne l'ai pas reçu directement mais Bernard me l'a transféré par email…)— l’Allier, dernière rivière sauvage ; quoi de plus poignant? Les hérons dans le ciel, les cormorans qui rasent les eaux de Pont-Gibert, hameau de maisons qui ne vivent plus que l'été, la pierre âpre et sa mousse si douce au doigts, le réel enfin, toute cette beauté difficile à recueillir, surtout si c'est la dernière ! la dernière par hasard, la dernière par oubli, celle que l'industrie n'a pas polluée, celle qu'un barrage n'a pas entièrement noyée, que la pierre et le béton n'ont pas encore chenalisée.
C'est ainsi qu'on la dit sauvage, antonyme de civilisé, et étymologiquement celui qui habite la forêt. Peut-être donc la dit-on ainsi simplement à cause des ces délicates anémones sylvie qui, en plein décembre, avaient ouvert sur sa rive leurs frêles clochettes, au bord d'une plage enchantée par les jeux du soleil dans les fruits des monnaies-du-pape.