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lundi 26 août 2024

Dans la forêt


 Peint en haut-Forez, avec du brou de noix sur papier ancien

vendredi 25 novembre 2022

 

 

Si la grand-mère du petit chaperon rouge avait été garde-barrière,  elle aurait habité cette maisonnette. Le loup serait arrivé en train, après avoir remis une fiche horaire obsolète à la fillette, tromperie qui lui aurait assuré un avantage de quelques heures. Le chasseur n’aurait pas été chasseur mais cheminot : un roulant, qui se serait inquiété de ne pas voir la vieille dame à sa barrière, saluant comme à son habitude, les mains sur les hanches. Elle, la sentinelle du rail, ponctuelle comme il fallait l’être sur la voie, toute sa vie rythmée par le passage des trains, ne pouvait manquer son service un seul jour !
À cet homme, elle vendait des champignons à l’automne, il la connaissait un peu. Il aurait prévenu le chef de poste et à deux, auraient eu raison du loup. la vieille dame regurgitée serait retournée à ses poules, à ses horaires, à la sécurité de l’emploi. Plus tard, on verrait les jeunes cheminots lancer, depuis la locomotive, de petits papiers lestés de cailloux, des mots d’amour à l’intention du chaperon devenue adolescente.

"La maisonnette de la forêt, près de la Chaise-Dieu" in Secrets ferroviaires d'Auvergne et un peu au delà" éditions de la Flandonnière, 2022

lundi 18 mai 2020

À la gravière de Chanteuges

Carnet réalisé pendant le confinement de 2020, à 1 km de chez moi. Crayons de couleurs et stylo bille

mardi 10 mars 2020

Frêne en hiver

Frêne en hiver.
aquarelle et stylo bille.

Mon imaginaire de l'hiver a été un peu réactivé par une marche dans les monts du Cézallier, juste après que la neige fut un peu tombée, au-delà de 1300 m. Peu de frênes à cette altitude mais de grands spécimens gardaient des fermes plus bas le long de la route ; les gardaient du vent et des regards, le frêne : arbre paysan par excellence, donnant sa feuille, ses branches et sa silhouette dégingandée aux pâtures.


Et puis un ami m'a demandé d'illustrer un texte sur la Burle, oui avec une majuscule, la tueuse tourmente qui n'a pas soufflé cette année mais colonise pour toujours les hautes terres de nos imaginations.

Et puis il me faut peindre l'hiver pour compenser son absence…

mercredi 13 avril 2016

Cœur cerveau - botaniques célestes

En avant première de mon projet pour les Arts ForeZtiers.
Le festival aura lieu la première semaine de juillet.

Plus d'infos ici
 http://lesartsforeztiers.eu

lundi 9 février 2015

Apparition


Très mauvaise photo mais apparition cet après-midi de Saint-Christophe, ou Cernunos ou Gargantua dessiné en glace sur les rochers de Mallat. 


Noir : l'Allier, Blanche : la neige.

samedi 19 octobre 2013

Esprit des lieux, es-tu là?

C’est un lieu achevé et pourtant en attente... Un théorème de pierre et d’eau, entre la rivière mouvante et la roche attentive. La roche est noire, striée de roux, la rivière a des éclats d’or. La rivière lèche la roche, se love et tressaille. Un trait turquoise parfois jaillit au-dessus de l'eau, c’est un martin-pêcheur.
Une avalanche de basalte venue du volcan rencontra la rivière il y a maintenant un million six cent mille ans et elles s’unirent en cette caresse que berce continûment le chant du radier.
Et c’est là, à quelques encablures de l’abri du passeur, que le grand sauvage traversa la rivière un jour de crue avec un enfant sur l’épaule et s’aidant d’un bâton. Il passa les troncs noyés des aulnes, il passa le flot boueux, il prit pied sur la roche, il déposa l’enfant et l’enfant bénit de sa main levée. Puis le monde reprit sa ronde tournante, qu’il avait suspendu un instant pour cette épiphanie. La crue de novembre fut bue lentement par les champs et les fossés, et passèrent l’hiver et le printemps, puis vint l’été.

À la saison d’été les baigneurs arrivent en famille dès le matin depuis Chanteuges ou Langeac. Passent des canoës aux couleurs criardes. Les adolescents se jettent le défi de sauter du haut de la pierre noire dans la rivière. Les adultes restent assis sur les galets, profitant du plaisir simple de recevoir la chaleur du soleil, l’alternant avec la fraîcheur de l’Allier et regardent leurs enfants jouer en s’éclaboussant, faire des pâtés de sable ou entasser des cailloux. Parfois ces cailloux, lancés par une main sûre, font de longs ricochets à la surface de l’eau. Les pêcheurs en fin de journée s’installent au milieu du flot pour le «coup du soir» jusqu’à ce que la nuit vienne napper de sombre ce coin du monde et que le cri de la hulotte retentisse dans la forêt.

Certaines nuits très étoilées, le souvenir du grand sauvage à tête de chien reflue sur la rive, comme une passerelle jetée sur l’abîme du temps. Des épousailles furtives de l’antique géologie et de la légende nait cette ponctuation de l’espace qu’est le lieu, l’endroit où cela a eu lieu, le lieu de l’apparition.

Le lieu, écrit Martin de la Soudière (in lignes secondaires / Créaphis), «est à l’étendue ce que l’instant est à la durée». Dans cette intensité spatio-temporelle, le temps peut s’abolir, le monstre mythologique prendre place dans le paysage, le métamorphosant alors en une porte vers d’autres espaces, ceux de l’imaginaire et même d’“échelle vers le ciel», arbre cosmique, qui, comme chacun sait, est toujours planté au centre du monde.

Le lieu est donc un endroit où le temps s’abolit, un endroit qui est aussi un envers, un «revers du monde». Portail spatio-temporel, comme une pincée du temps mythique déposé sur la géographie, il fait raccord avec d’autres lieux, d’autres histoires et nous ramène aux origines, in illo tempore.


lundi 16 septembre 2013

Paysage d'Ardèche

Plus exactement, c'est la vue depuis le Château de Craux, vers Antraigues-sur-Volane, où avaient lieu les recontres d'Ici Là, pour "s'interroger sur notre rapport au paysage et au territoire, qu'il soit citoyen, poétique, sensible, imaginaire… " dit la brochure.
Depuis les près, vergers de châtaigners et entours du château en général, le paysage est superbe évidemment et mon croquis ne l'évoque qu'à grand'peine. Une infinité de vues magnifiques semblent disposées "rien que pour vos yeux".
Outre ce plaisir paysager que je n'ai pas manqué de prendre, j'ai réussi, grâce en grande partie à Martin de la Soudière, à me libérer de l'impossible notion de "Nature", ainsi que de l'encombrant "paysage" pour me recentrer sur la notion de "lieu", lieu singulier, espace où la chose "a eu lieu" au sens épiphanique.

jeudi 5 septembre 2013

Haute-Loire

Encres sur papier découpé.

dimanche 23 septembre 2012

admonition*

"…de la main, il invite à regarder"

"Un des signes les plus puissants et les plus explicites que l'on rencontre dans la peinture classique ; précisément l'étude du geste-qui-désigne : l'index pointé.[…] Le geste de l'index était si remarquable, si chargé de sens pour Léonard qu'il est devenu avec lui une sorte de geste pur, appelant à l'attention devant le mystère. Ce qui le constituait en symbole théophanique."

André Chastel, le geste dans l'art

*de admoneo, "avertir"

mardi 24 janvier 2012

La rando de nuit

Sous le signe de l'amitié et de l'imaginaire.

mardi 3 janvier 2012

La poésie pour seul viatique qui vaille…

«Les gens passent tous les jours dans des lieux qui se banalisent… ils ne les voient plus. La présence de mes images réactive les lieux, leur donne une étrangeté.»
Enerst Pignon Ernest (sur France-Culture, l'autre jour)

samedi 10 décembre 2011

Petits cailloux

Dans la Desges
Les pierres à venin du Velay et d'ailleurs, utilisées par des guérisseurs, des colporteurs ou par le chef de famille, servaient lors de morsure de serpent, d'infertilité mais aussi lors des menaces d'épidémie de variole.
À partir du XVe siècle et peut-être antérieurement, ces pierres ont été utilisées par les moines pour leur vertus et leur pouvoir de guérison et transmises de génération en générations, sous la forme de séries. De nombreuses croyances les entourent. Constituées depuis des temps très anciens, les séries rassemblent des matériaux de diverses provenances : matériaux préhistoriques, haches néolithiques, fragments de bijoux celtiques, pierres naturelles, fossiles.
  

Ramassés à la Gravière de Chanteuges
Chaque pierre a sa spécificité et une attribution particulière en fonction de sa forme, son aspect, sa couleur :
La pierre de serpent, de crapaud, de salamandre : c'est une sorte de galet ovale, en variolite, présentant un aspect de peau de reptile ou d'amphibien. En cas de morsures de serpent ou de contact avec un de ces animaux redoutés, on doit ingurgiter un verre d'eau dans lequel la pierre a trempé, puis simplement faire couler le liquide sur la plaie tout en massant. Pour les piqûres de guêpes, il suffit d'apposer la pierre dessus la peau. 
La pierre de la peste : petit galet plat et ovale de couleur noirâtre. Toutes les 48h, le malade doit absorber l'eau de la biche où trempe la pierre.
La pierre de l'œil se présente sous la forme d'un galet d'agate en forme d'olive, ou d'un coquillage fossile de type " turbo rugusus ". On l'utilise pour les personnes atteintes de maladies des yeux.

Les pierres de la foudre : le plus souvent, il s'agit de haches néolithiques. On leur attribue le pouvoir de préserver la maison de la foudre. 
La pierre de lait favorise la lactation.
La pierre de sang, aux reflets rouges, a le pouvoir d'arrêter les hémorragies par application directe…
Conservées dans des sacs de jutes, ou des biches de terre, ces séries de pierres sont mises à tremper dans de l'eau pendant un temps plus ou moins long…

Légendes
« Les pierres naîtraient le 25 décembre dans les forêts, lors du rassemblement de tous les animaux à venins (serpents, crapaud, vipères, couleuvres, salamandres…) ».
« Ces pierres viennent des mauvaises bêtes. Des fois, elles se battent et leur venin sort avec leur écume. C'est ça qui, en séchant, donne les pierres de véré. Pour que ça réussisse, il faut que l'écume tombe sur les feuilles de fraysse (frêne). Et vous savez, on ne s'y trompe pas. Elles tirent sur la bête qui les a crachées ». Cahier de la Haute-Loire 2003 (article pierres à venin).

 
Ma boîte à cailloux

samedi 26 novembre 2011

La Nuit


J'emprunte à François Taillandier, dont j'étais précisément en train de lire "Time to Turn" au moment même de poster ce billet, ce passage à la fin de son roman :
«En l'an 2006, la population urbaine dépassa le seuil de 50% de la population mondiale totale. Deux ans plus tard, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, dans bon nombre de pays d'Europe et d’Afrique ainsi qu'en Australie, cette proportion dépassait 75%.
On s'aperçut alors que la majorité des êtres humains ne voyaient plus jamais la nuit. Lorsque la rotation de la terre les faisaient plonger dans l'ombre, ce qu'ils voyaient, s'ils regardaient le ciel, était obscur, mais ce n'était plus la nuit. L'éclairage des rues, des avenues, des immeubles, des magasins, des monuments se réfractait dans la brume de pollution atmosphérique qui flottait sur les mégapoles, créant un brouillard indistinct aux reflets vaguement violine ou orangés.[…] La Nuit, la grande Nuit, celle des loups et des croquemitaines, celle de la hulotte et de la pipistrelle, celle d'Andromède et de Bételgeuse — la Nuit se retirait, couverte de ses voiles, comme une veuve offusquée.»

Cette Nuit-là mérite bien sa majuscule, Nuit de Chanteuges qui se tient si majestueuse près de l'abbaye, où volètent les chauve-souris du cloître, pendant que la hulotte crie son cri de chasse dans la forêt.
J'aurai vécu 25 années sans voir de la nuit guère autre chose que les reflets de l'éclairage sur les trottoirs mouillés, je la redécouvre ici, troublante et obsédante, si grande en effet, avec sa lune et toutes ses étoiles.

Voir ce que j'avais écrit en 2008 sur la Nuit de Chanteuges.