«J'entendais les voix des arbres; les surprises de leurs mouvements, leurs variétés de forme et jusqu'à la singularité d'attraction vers la lumière, m'avaient tout d'un coup révélé le langage des forêts.»
Théodore Rousseau (1812-1867), peintre de l'école de Barbizon
«La campagne me donne des émotions comme l'amour.»
Gustave Courbet
jeudi 7 février 2008
mercredi 6 février 2008
vendredi 11 janvier 2008
Ballade en noir & blanc (1) de Prades à Pont-Gibert
Le rocher de Prades, comme une énorme vague de pierre…
L’arche de lierre qui orne l'entrée du royaume…
Les si délicats motifs du givre.
Les vieux murs des chambées
les hommes d'un autre siècle les ont montés pierre à pierre, leurs sabots sonnant sur les cailloux. Les terrasses à vigne sont en friche à présent, la forêt les envahi. Je les vois parfois comme les vestiges d'une ancienne civilisation, de quelque Atlantide altiligérienne scellée dans son mystère. À moins qu'ils n'aient été les gradins d'un immense amphithéâtre sur lesquels, eux, les épierreurs, se pressaient en foule pour admirer tout en bas les joutes merveilleuses des fades et des licornes, comme sur cette carte de vœux que j'ai reçu —enfin je ne l'ai pas reçu directement mais Bernard me l'a transféré par email…)— l’Allier, dernière rivière sauvage ; quoi de plus poignant? Les hérons dans le ciel, les cormorans qui rasent les eaux de Pont-Gibert, hameau de maisons qui ne vivent plus que l'été, la pierre âpre et sa mousse si douce au doigts, le réel enfin, toute cette beauté difficile à recueillir, surtout si c'est la dernière ! la dernière par hasard, la dernière par oubli, celle que l'industrie n'a pas polluée, celle qu'un barrage n'a pas entièrement noyée, que la pierre et le béton n'ont pas encore chenalisée.
lundi 7 janvier 2008
dimanche 6 janvier 2008
samedi 5 janvier 2008
mardi 18 décembre 2007
Écrit en route
17h40, sur le Deves : le froid vif ; la nuit qui rentre dans les yeux. Et au ciel, l'étoile polaire déjà haute.
22h30 : la lune comme un gros quartier de mandarine accroché à la cime des arbres.
22h30 : la lune comme un gros quartier de mandarine accroché à la cime des arbres.
samedi 8 décembre 2007
mercredi 5 décembre 2007
haute-Loire
Fin de l’automne : révolus les temps où la vallée était tissée d'or, abolis les embrasements soudains des fayards pris dans les rayons du soleil. Gel, tempête, pluies ont jeté leurs feuilles à terre. Là, sur le sol, elles ne donnent plus aux forêts que ces reflets de cuivre terni, dans le tremblement d'un jour qui décline de plus en plus tôt.
Ce sont ces feuilles-là, m'a dit Thérèse, qui réunis dans le tissu de la coussère servaient de couchage aux paysans du Mézenc jusque dans les années cinquante.
«En ce moment elles frésillent sous nos pieds. La Sophie a bien écouté leur musique. Elle a attendu qu'elle soit parfaitement sèches! et le soleil est de la partie. Un jour idéal pour faire la feuille! Dès l'après-midi, au pied des grands hêtres centenaires, les râteaux vont entrer en danse. Les belles feuilles couleur de rouille seront entassées. Et les faînes avec soins, ôtées. Et les petites coques, écartées. Et les brindilles, au loin jetées.
Ce soir ou demain, les toiles bises à carreaux bleus des coussères auront fini de sécher sur le fil. L'Eva fermera de quelques coups d'aiguille l'ouverture de leur ventre gonflé de feuilles frémissantes. Et cette nuit-là, se confondront un peu les remous de nos rèves et le bruit des feuilles écrasées par nos corps haut perchés.»
Aimée Bard
Ils étaient d'un autre temps Ed. Dolmazon
Ce sont ces feuilles-là, m'a dit Thérèse, qui réunis dans le tissu de la coussère servaient de couchage aux paysans du Mézenc jusque dans les années cinquante.
«En ce moment elles frésillent sous nos pieds. La Sophie a bien écouté leur musique. Elle a attendu qu'elle soit parfaitement sèches! et le soleil est de la partie. Un jour idéal pour faire la feuille! Dès l'après-midi, au pied des grands hêtres centenaires, les râteaux vont entrer en danse. Les belles feuilles couleur de rouille seront entassées. Et les faînes avec soins, ôtées. Et les petites coques, écartées. Et les brindilles, au loin jetées.
Ce soir ou demain, les toiles bises à carreaux bleus des coussères auront fini de sécher sur le fil. L'Eva fermera de quelques coups d'aiguille l'ouverture de leur ventre gonflé de feuilles frémissantes. Et cette nuit-là, se confondront un peu les remous de nos rèves et le bruit des feuilles écrasées par nos corps haut perchés.»
Aimée Bard
Ils étaient d'un autre temps Ed. Dolmazon
Pour revenir aux épierreurs : une légende, une rumeur, peut-être même seulement un souffle qui se perd dans le vent, un simple soupir dans le murmure du monde, une parole née du silence et qui y retourne, prétend, donc, qu'ils avaient caché une phonolithe dans une abbaye du Val d’Allier, oui, une pierre qui chante et qui saurait raconter leur histoire…
lundi 3 décembre 2007
jeudi 29 novembre 2007
Hommage à Garou, ce simple, qui pour faire advenir ses plus fols espoirs, accrochait au cou de sa poule tube de dentifrice et brosse à dents, afin que la vue de ces objets déclenchât une irrésistible poussée de canines dans le bec du gallinacée. Mais il n’a jamais vu ses rêves devenir réalité ; lui qui voulait tellement voler et voyager, il a péri d’une balle perdue, peut-être aussi de s’être approché trop près des rêves d’une petite fille ; il n’y a rien de plus fort que les rêves des gamines lorsqu’elles se croient chevalier, aviateur ou cow-boy. Le ciel du Mézenc s’emplit alors d’un soleil de plomb fondu, rocs, poussière et cactus se mèlent dans le bleu implacable. L’héroïne tient le héros dans ses bras et l’ange retrouve enfin ses ailes. Le western se mue en conte de fée* / la caméra fait un grand travelling / le road-movie se finit là. Quoi ! c’est déjà fini ! Tout finit bien trop vite, n’est-ce-pas, Thérèse ?
ps : Je veux revoir Lionel chanter Jailhouse rock en patois (« lo rock daus enjabiats » traduit en oc par Didier Perré), je veux revoir Marie, fine et chaloupée comme Joan Crawford dans Johnny Guitar, le Stetson un peu de travers, s’asseoir sur le bord de la table, je veux revoir la Ford Mustang, à fond sur les routes de campagne !
ps : Je veux revoir Lionel chanter Jailhouse rock en patois (« lo rock daus enjabiats » traduit en oc par Didier Perré), je veux revoir Marie, fine et chaloupée comme Joan Crawford dans Johnny Guitar, le Stetson un peu de travers, s’asseoir sur le bord de la table, je veux revoir la Ford Mustang, à fond sur les routes de campagne !
*Ou le conte de fées se camoufle en western…
"Rose et Garou - L'affaire des Narces" par la compagnie Latituds.
J'ai marché dans la forêt aux fleurs de givre
Bernard écrit : « …à l'arrêt les frénes tétards mains en l'air ou sur les genoux contemplent interloqués les langues de brumes qui se disputent les prés et les prairies…»
voyageapied.net
vendredi 23 novembre 2007
mardi 20 novembre 2007
mercredi 7 novembre 2007
une balade derrière chez moi, du bourg de Chanteuges à la Bretagnole
C'est une promenade qui part juste derrière la maison. Le voyage de 1000 lieues commence par un pas, dit le Tao-to-king. Ce premier pas commence là, au tournant de la calade, celle dans laquelle poussent les figuiers de Barbarie et où se pressent les hirondelles de rocher, celle de toutes les calades du village qui sait le mieux garder la chaleur du jour et la rendre au soir, vers les 6 heures en automne, alors que le soleil est passé derrière la colline et qu'on sent sur les pierres tièdes encore l'haleine de la journée écoulée. La falaise comme un grand calorifère restitue ce qui fut ; si les pierres ont cette mémoire, que ne peuvent-elles conserver en elles? (au moins tout le savoir des épierreurs… voir auprès d'Émile Duchemin si il ne s'agit pas là d'une de leurs bibliothèques).
Il faut marcher jusqu'à la gare — enfin, l'ancienne gare, le train ne s'arrêtant plus à Chanteuges depuis 1978 – passer la voie, tourner à gauche, s'engager dans le chemin qui monte de plus en plus rudement, dans les pierres éboulées que les motos vrombissantes et rageuses bouleversent chaque fois un peu plus. Mais ce jour-là on sera seul dans l'ombre du sous-bois, un chien aboiera au loin, un geai surpris s'envolera en jetant son cri de gond rouillé. En bas, l'eau ruisselle sur la pierre, au dégel c'est presque un ruisseau, mais plus haut c'est le bois de pin, le granit sec, la myrtille et peut-être quelques ceps, à découvrir avec patience comme un trésor.
La route à présent. Elle va jusqu'à Chirac et la vue sur la vallée de la Desges y est toujours vaste et belle et le vent vif. Il y aura bien là en octobre sur ses bords quelques noix tombées à ramasser, à serrer dans sa poche pour les déguster un peu plus tard. Passées les quelques maisons de Chirac, le chemin remonte à droite et grimpe au Pic de Crouzat : toujours de beau pins sylvestres et les terres labourées de Franck et Sylvie. Puis de petits bois de chênes, ombreux, pentus. Là sous la feuille, peut-être la girolle, le pied-de-mouton, entre deux mousses, dans le clair d'un rai de soleil.
Ensuite on pourrait continuer tout droit, longer la vallée, remonter sur l'échine de la Margeride, franchir avec elle tout l'espace jusqu'aux Cévennes, descendre au bord de la Méditerrannée, puis de là l’Afrique, le tour du monde!
Mais pour l'heure, on prend ce chemin à droite, on s'emploie à tracer cette simple boucle, cette promenade d'une après-midi. Les premières maisons de Bretagnolle sont déjà là. Peut-être Marie-Thérèse nous offrira-t'elle un verre de son vin de pays, aigrelet, fruité, couleur de prune noire. Le vin nous rendra bavards, dans la petite cuisine, entre les photos en couleur des neveux de Langeac et les photos sépia des anciennes fenaisons, qui montrent la jeune femme en robe claire qu'elle était alors et les bœufs qui tiraient la charrette. Temps révolus et pourtant si proches, une ou deux générations de femmes à peine, le temps de quelques rides, d'une démarche un peu moins sûre, de gestes un peu plus précautionneux. Reprenant le chemin, l'air frais d'octobre nous dégrisera. Et soudain, levant la tête, nous verrons passer une troupe de grues, bien en éventail comme des cyclistes dans le vent, cap au sud, leur long corps impeccablement tendu, leurs ailes battant puissamment l'air. Elles vont en Afrique. La Montagne écrit aujourd'hui qu'elles ont un gps dans la tête. Elles ont sans doute un peu plus que ça et quand elles passent, c'est la beauté même.
Le retour, la vue sur la plaine de Langeac, puis Chanteuges accrochée à son rocher de basalte et cet ultime coup de rein, contraction de cuisse et de mollet qui nous hisse par les pierres inégales jusqu’à la Vialle.
Il faut marcher jusqu'à la gare — enfin, l'ancienne gare, le train ne s'arrêtant plus à Chanteuges depuis 1978 – passer la voie, tourner à gauche, s'engager dans le chemin qui monte de plus en plus rudement, dans les pierres éboulées que les motos vrombissantes et rageuses bouleversent chaque fois un peu plus. Mais ce jour-là on sera seul dans l'ombre du sous-bois, un chien aboiera au loin, un geai surpris s'envolera en jetant son cri de gond rouillé. En bas, l'eau ruisselle sur la pierre, au dégel c'est presque un ruisseau, mais plus haut c'est le bois de pin, le granit sec, la myrtille et peut-être quelques ceps, à découvrir avec patience comme un trésor.
La route à présent. Elle va jusqu'à Chirac et la vue sur la vallée de la Desges y est toujours vaste et belle et le vent vif. Il y aura bien là en octobre sur ses bords quelques noix tombées à ramasser, à serrer dans sa poche pour les déguster un peu plus tard. Passées les quelques maisons de Chirac, le chemin remonte à droite et grimpe au Pic de Crouzat : toujours de beau pins sylvestres et les terres labourées de Franck et Sylvie. Puis de petits bois de chênes, ombreux, pentus. Là sous la feuille, peut-être la girolle, le pied-de-mouton, entre deux mousses, dans le clair d'un rai de soleil.
Ensuite on pourrait continuer tout droit, longer la vallée, remonter sur l'échine de la Margeride, franchir avec elle tout l'espace jusqu'aux Cévennes, descendre au bord de la Méditerrannée, puis de là l’Afrique, le tour du monde!
Mais pour l'heure, on prend ce chemin à droite, on s'emploie à tracer cette simple boucle, cette promenade d'une après-midi. Les premières maisons de Bretagnolle sont déjà là. Peut-être Marie-Thérèse nous offrira-t'elle un verre de son vin de pays, aigrelet, fruité, couleur de prune noire. Le vin nous rendra bavards, dans la petite cuisine, entre les photos en couleur des neveux de Langeac et les photos sépia des anciennes fenaisons, qui montrent la jeune femme en robe claire qu'elle était alors et les bœufs qui tiraient la charrette. Temps révolus et pourtant si proches, une ou deux générations de femmes à peine, le temps de quelques rides, d'une démarche un peu moins sûre, de gestes un peu plus précautionneux. Reprenant le chemin, l'air frais d'octobre nous dégrisera. Et soudain, levant la tête, nous verrons passer une troupe de grues, bien en éventail comme des cyclistes dans le vent, cap au sud, leur long corps impeccablement tendu, leurs ailes battant puissamment l'air. Elles vont en Afrique. La Montagne écrit aujourd'hui qu'elles ont un gps dans la tête. Elles ont sans doute un peu plus que ça et quand elles passent, c'est la beauté même.
Le retour, la vue sur la plaine de Langeac, puis Chanteuges accrochée à son rocher de basalte et cet ultime coup de rein, contraction de cuisse et de mollet qui nous hisse par les pierres inégales jusqu’à la Vialle.
dimanche 4 novembre 2007
Automne malade et adoré
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers
Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n'ont jamais aimé
Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé
Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule
APPOLINAIRE, ALCOOLS
Il y a toujours ces poèmes de Guillaume Appolinaire quand je marche en automne « mon automne éternel, ô ma saison mentale…»
Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers
Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n'ont jamais aimé
Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé
Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule
APPOLINAIRE, ALCOOLS
Il y a toujours ces poèmes de Guillaume Appolinaire quand je marche en automne « mon automne éternel, ô ma saison mentale…»
samedi 3 novembre 2007
(un clin d'œil à Véronique/Galota qui sait si bien trouver des "bonhomme bonhomme" (éd. Thierry Magnier, collection tête de lard).
Il faut dire que même les facteurs sont bizarres ici.
(photo prise le 30 septembre, alors que Générik vapeur avait investi les rues du Puy : le messager bleu faisait ce jour-là une tournée un peu particulière ce qui semble réjouir les dames au fenêtres).
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